L’énergie solaire photovoltaïque constitue aujourd’hui un levier incontournable et stratégique pour la transition énergétique de nos territoires. Qu’il s’agisse de valoriser les toitures d’écoles, de gymnases ou de bâtiments techniques, les opportunités d’installation sont nombreuses. Pourtant, dès que l’éventualité de poser des panneaux sur un bâtiment est évoquée, une préoccupation revient systématiquement sur le devant de la scène : « Et si l’installation prenait feu ? »
Les idées reçues autour du risque d’incendie lié aux panneaux photovoltaïques ont la vie dure. Elles alimentent craintes et blocages, conduisant parfois à la mise en pause, voire à l’abandon, de projets pourtant très prometteurs. Pour apporter des réponses claires, factuelles et concrètes aux préoccupations des élu.e.s, décideurs locaux et citoyen.ne.s, le réseau Les Générateurs en Grand Est a organisé un événement :
« Photovoltaïque et incendie : démêler le vrai du faux ».
Echanges et expertise de terrain sur ce sujet brûlant
L’objectif de cette rencontre était de confronter les craintes aux réalités statistiques et opérationnelles du terrain. Pour enrichir les débats et apporter une vision experte, deux acteurs clés du territoire sont intervenus :
- Martin Wolf et Pierre Berutto, représentant Cap à l’Est (association regroupant plus de 70 professionnels du photovoltaïque), sont venus présenter les retours statistiques des assureurs, aborder les leviers de prévention à la source et faire le point sur la montée en compétences et la formation de la filière.
- Le lieutenant-colonel David Ernenwein, du Service d’Incendie et de Secours 67 (SIS), a détaillé le protocole d’intervention des sapeurs-pompiers sur les sites solarisés ainsi que les spécificités des interventions en présence de batteries de stockage.
Ce que disent réellement les statistiques du risque incendie sur site solarisé
Contrairement aux idées reçues, le départ de feu d’origine photovoltaïque reste un événement extrêmement rare. Les données des compagnies d’assurances révèlent qu’on dénombre moins de 50 cas d’incendie par an liés au photovoltaïque sur les 8 dernières années en France. À titre de comparaison, on recense chaque année entre 5 000 et 6 000 incendies causés par des cigarettes mal éteintes et 3 000 à 4 000 feux liés à des cheminées mal ramonées.
Les retours d’expérience mettent en évidence plusieurs caractéristiques récurrentes :
- Un matériel plus ancien : Les sinistres surviennent généralement sur des installations datant de 10 à 15 ans, très souvent en « intégration au bâti », une technique autrefois répandue où le panneau remplaçait directement les éléments de couverture.
- Les conditions de déclenchement : Les feux surviennent essentiellement lors de journées très ensoleillées (pas nécessairement très chaudes, mais avec un rayonnement important) en raison de la production maximale en courant continu.
Quelles sont les causes principales identifiées ? Les dysfonctionnements s’expliquent majoritairement par des erreurs humaines ou des faiblesses techniques évitables :
- Défauts de conception des modules ou composants
- Usage de connecteurs non compatibles entre eux (non-respect des fiches techniques)
- Non-respect des préconisations des fabricants et pose effectuée par du personnel non qualifié
- Câbles DC mal dimensionnés
- Absence de maintenance préventive régulière
- Événements climatiques extérieurs exceptionnels (grêle, foudre)
Les panneaux produisent un courant continu qui présente le risque de générer un arc électrique difficile à éteindre tant que le soleil éclaire l’installation. En revanche, le côté courant alternatif présente des risques strictement similaires à ceux d’une installation électrique classique. Face à ces éléments, les assureurs exigent aujourd’hui des garanties strictes de qualité et de conformité.
La prévention à la source : concevoir et sécuriser les installations
La sécurité d’un site photovoltaïque se joue dès la conception et le choix des équipements. Une installation bien pensée et accessible simplifie grandement la prévention et l’intervention. Il est ainsi fortement recommandé de privilégier des équipements apparents (onduleurs positionnés sur la toiture ou dans des zones bien identifiées) et de vérifier la parfaite compatibilité des connectiques.
Les préconisations du SDIS (notamment pour les ERP) s’articulent autour de principes clairs :
- Coupure au plus près : installer un système de coupure DC (DC = direct current = courant continu) automatique au plus proche des modules.
- Implantation extérieure : placer les câbles DC et les onduleurs à l’extérieur des bâtiments autant que possible.
- Commandes centralisées et signalisation : prévoir une coupure générale simultanée des onduleurs située à proximité immédiate de l’arrêt d’urgence du bâtiment. Une signalisation claire (étiquettes, plans d’intervention à jour) doit être immédiatement visible par les secours.
- Cheminements courts : limiter le cheminement entre panneaux et onduleurs. Si l’onduleur doit être placé en intérieur, prévoir un local dédié avec un degré coupe-feu adapté ou un cheminement protégé de 2h.
- Solutions techniques modernes :
- Micro-onduleurs et optimiseurs : Ils permettent d’éviter l’accumulation de hautes tensions continues. L’utilisation d’optimiseurs (associés à 2 panneaux maximum) permet de redescendre la tension de fonctionnement à un niveau sécurisé pour les intervenants. Certains équipements intègrent des détections thermiques (alerte au-delà de 85 °C).
- Onduleurs en chaîne (string) : Bien qu’ils restent les plus répandus pour des raisons de coûts, ils intègrent aujourd’hui des systèmes de bypass empêchant un composant défaillant d’affecter l’ensemble de la chaîne.
L’intervention sur le terrain par le SDIS
En cas de sinistre, le SDIS applique une méthode de raisonnement tactique éprouvée et structurée par des fiches réflexes opérationnelles.
- Dès le traitement de l’appel, les opérateurs posent systématiquement la question de la présence de panneaux photovoltaïques ou d’autres spécificités (gaz, matières dangereuses, nombre d’étages) sur le bâtiment concerné.
- Une fois arrivés sur place, les équipes réalisent une « reconnaissance cubique », en faisant le tour complet du bâtiment à distance pour identifier les panneaux ou la signalisation associée. Les actions immédiates combinent sauvetage des personnes et arrêt des énergies.
- Le volume de matière combustible dans un panneau restant très limité (principalement un film plastique), l’extinction est parfaitement maîtrisée. L’eau peut être utilisée, mais sous forme de jet diffusé pulsing à une distance minimale de 5 mètres, ce qui empêche le courant électrique de remonter jusqu’à la lance. En cas de besoin, l’utilisation de poudre ou de CO₂ est préconisée.
- Les intervenants ont l’interdiction d’approcher une échelle à moins de 1 mètre des installations, interdiction absolue de sectionner un câble ou une gaine, mise en place d’un périmètre de sécurité face au risque de chute de matériaux ou de métal en fusion. Le démontage des modules sous sinistre est déconseillé, d’autant que le risque électrique persiste même par temps nuageux.
Normes et perspectives de la filière
Pour garantir un niveau de sécurité optimal, la filière s’appuie sur un cadre normatif rigoureux ainsi que sur un effort continu de formation des installateurs et des équipes du SDIS :
- Norme NF C 15-100 et Guide UTE C 15-712-1 pour la conception des installations
- NF EN 50549 encadrant la déconnexion automatique entre le système PV et le réseau public
- Normes produits (NF EN 61215 pour les modules, NF EN 62852 pour les connecteurs)
- Référentiel APSAD D20 apportant des préconisations ciblées pour les ERP
Concernant les ERP et IGH, des exigences strictes imposent une performance au feu minimale pour les câbles (côté AC et DC).
La structuration de la filière passe aujourd’hui par une montée en compétences continue des installateurs et l’interdiction des rabais sur la qualité des matériaux. En parallèle, le SDIS forme en permanence ses effectifs aux spécificités des risques photovoltaïques pour garantir des interventions rapides et parfaitement sécurisées.
Découverte du terrain : Visite de caserne et du fourgon feux spécifiques

Après les apports théoriques, les participants ont pu mesurer concrètement la réalité des équipements sur le terrain. L’événement s’est prolongé par la visite du local onduleur de l’installation photovoltaïque équipant la caserne elle-même. Les participants ont également découvert les véhicules d’intervention des sapeurs-pompiers, notamment le fourgon réservé aux feux spécifiques.
Ce moment d’échange sur le terrain a également permis d’aborder la transition énergétique au sein même des services de secours : si le SIS du Bas-Rhin teste actuellement des véhicules de servitude électriques (tout en étudiant la réutilisation des batteries de seconde vie pour le stockage fixe), l’électrification des gros fourgons d’intervention reste un défi financier et technique majeur face aux modèles thermiques traditionnels.
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Rester au courant sans laisser le doute s’enflammer
Les Générateurs en Grand Est adressent leurs plus sincères remerciements aux intervenants de Cap à l’Est et du SIS du Bas-Rhin pour la qualité de leurs présentations, leur expertise et la richesse des échanges avec les participants. Grâce à la mobilisation de partenaires locaux engagés, nous pouvons proposer des événements au plus près des besoins des collectivités pour déconstruire les idées reçues, faire évoluer les perspectives et accompagner le développement serein et sécurisé des énergies renouvelables sur notre territoire !
L’événement en vidéos :
Récap : https://youtu.be/n0zwjtJFRjI
Replay de la conférence complète bientôt disponible !
Vous souhaitez aller plus loin ? Voici des ressources qui peuvent vous intéresser :
- Article FFB : Photovoltaïque : comment prévenir le risque incendie