Après plusieurs années d’attente et de débats, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) a finalement été publiée en 2026. Ce document stratégique définit les orientations de la politique énergétique française et fixe les objectifs de développement des différentes sources d’énergie, notamment des énergies renouvelables, pour les années à venir.

La nouvelle programmation prévoit une poursuite du développement des énergies renouvelables électriques, mais avec des objectifs revus à la baisse pour certaines filières, notamment le photovoltaïque et l’éolien terrestre.

Un document central de la politique énergétique

La Programmation pluriannuelle de l’énergie constitue l’outil de planification de la politique énergétique en France. Elle détermine les grandes orientations du mix énergétique national ainsi que les capacités de production à installer pour chaque filière sur une période donnée.

Depuis sa mise en place, plusieurs programmations se sont succédé :

  • la PPE 1, couvrant la période 2016-2018 ;

  • la PPE 2, s’étendant de 2019 à 2023 ;

  • la PPE 3, initialement prévue pour la période 2024-2030.

La publication de cette troisième programmation en 2026 témoigne du retard pris dans sa finalisation, dans un contexte marqué par des crises politiques et techniques autour de la trajectoire énergétique du pays.

Par ailleurs, la programmation intègre une clause de revoyure en 2027, qui permettra d’ajuster les objectifs en fonction de l’évolution du contexte énergétique et des orientations politiques issues de l’élection présidentielle.

Photovoltaïque : une progression plus mesurée

Pour le solaire photovoltaïque, les objectifs d’installation ont été diminué par rapport aux projections initiales, ce qui risque d’avoir un impact sur la fillière. La PPE 3 fixe désormais :

  • 48 GW de puissance installée à l’horizon 2030, contre 54 à 60 GW envisagés précédemment ;

  • 55 à 80 GW d’ici 2035, alors que les scénarios antérieurs évoquaient une fourchette comprise entre 75 et 100 GW.

Cette révision s’accompagne néanmoins d’un maintien relatif du soutien aux installations de petite taille, notamment sur les toitures photovoltaïques, un segment qui peut représenter un levier de développement pour les collectivités territoriales et les projets locaux.

Éolien terrestre : un développement plus encadré

La filière éolienne terrestre voit également ses objectifs réduits. La PPE 3 prévoit :

  • 31 GW de capacité installée en 2030, contre 33 à 35 GW dans les projections précédentes ;

  • 35 à 40 GW en 2035, au lieu de 40 à 45 GW envisagés auparavant.

Le développement de la filière devrait davantage reposer sur le repowering, c’est-à-dire le remplacement d’éoliennes existantes par des modèles plus puissants et plus performants sur des sites déjà exploités. Toutefois, selon le Syndicat des Énergies Renouvelables, cette approche « ne sera pas suffisante pour atteindre les objectifs fixés ».

Un rôle renforcé pour le nucléaire

En parallèle des choix pris concernant les énergies renouvelables, la stratégie énergétique française confirme une relance du nucléaire. Les objectifs associés à cette filière ont été revus à la hausse, dans la continuité des annonces gouvernementales concernant la construction de nouveaux réacteurs et la prolongation de la durée de vie du parc existant.

Ainsi, face à une consommation d’électricité qui stagne, il a donc été décidé de relancer le parc nucléaire tout en mettant un frein sur les énergies renouvelables.

Le défi des infrastructures électriques

Au-delà des objectifs de production, la transformation du système énergétique soulève également des enjeux importants en matière d’infrastructures. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE devra notamment poursuivre la modernisation et l’extension du réseau afin d’accompagner l’augmentation des capacités renouvelables.

La question du raccordement des installations constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du secteur. L’adaptation des réseaux électriques est nécessaire pour permettre l’intégration des nouvelles capacités de production tout en garantissant la stabilité du système.

L’enjeu ne consiste plus uniquement à produire davantage d’électricité, mais également à adapter la production aux besoins du système et aux variations de la demande.

Des réactions contrastées dans le secteur

La publication de la PPE 3 a suscité des réactions diverses parmi les acteurs de la transition énergétique. Si certaines organisations professionnelles ont salué la clarification des orientations énergétiques, d’autres ont exprimé des réserves quant au niveau d’ambition des objectifs fixés.

L’Alliance pour l’énergie locale, qui regroupe notamment Enercoop, le CLER ou encore France Nature Environnement, se montre particulièrement critique. Elle estime que la programmation manque d’ambition en matière d’énergies renouvelables et ne permet pas de respecter pleinement les engagements européens. Selon cette alliance, cette orientation pourrait freiner les projets énergétiques portés localement, qui bénéficient directement aux territoires et à leurs habitants.

De son côté, l’association Énergie Partagée souligne l’absence de mesures spécifiques de soutien aux projets citoyens, pourtant considérés comme un levier important du développement énergétique local et de l’appropriation de la transition énergétique par les territoires.

Une trajectoire encore évolutive

La PPE 3 dessine ainsi une trajectoire énergétique reposant sur une combinaison de développement des énergies renouvelables, relance du nucléaire et adaptation progressive du système électrique. Toutefois, la révision à la baisse de certains objectifs et la clause de réexamen prévue en 2027 montrent que cette stratégie reste susceptible d’évoluer en fonction des choix politiques, des évolutions technologiques et des réalités industrielles des prochaines années.