La Lorraine connaît depuis plusieurs années un développement important des projets d’énergies renouvelables. Comment engager un dialogue constructif sur les énergies renouvelables dans des territoires sensibles aux transformations paysagères ? C’est pour répondre à cette question que le Département de Meurthe-et-Moselle a impulsé le projet « Paysages énergétiques », une expérimentation de concertation citoyenne croisant énergie, paysage et action publique locale.
Un territoire en mutation, un besoin d’anticipation
Lauréate de l’appel à manifestation d’intérêt « Paysages énergétiques » lancé fin 2023, la Communauté d’agglomération du Grand Longwy a choisi de déployer cette démarche dans le cadre de la révision de son Plan climat-air-énergie territorial (PCAET). Ancien bassin minier et sidérurgique, frontalier du Luxembourg et de la Belgique, le territoire du Grand Longwy (21 communes, plus de 60 000 habitants) connaît aujourd’hui de nombreuses transformations : pression foncière, mutations rapides aux frontières, émergence de nouveaux projets… dont des projets d’énergies renouvelables.
Une démarche collective et pluridisciplinaire
Pour mener cette expérimentation, plusieurs acteurs se sont associés :
-
le Département de Meurthe-et-Moselle, porteur du projet ;
-
le Grand Longwy, pour l’ancrage territorial ;
-
le CAUE 54, en charge de la coordination et de l’animation ;
-
la Chaire Paysage et Énergie de l’ENSP de Versailles, pour l’expertise paysagère ;
-
et Lorraine Énergies Renouvelables (LER), mobilisée via le réseau Les Générateurs, pour apporter une expertise technique neutre et extérieure au territoire.
Un groupe citoyen de 15 volontaires a été constitué au printemps 2025 et s’est réuni pendant six mois dans le cadre d’ateliers thématiques visant à partager un socle commun de connaissances : fonctionnement des EnR, enjeux paysagers, contenu du PCAET, projets citoyens…
La balade paysagère : mettre les pieds dans le paysage pour ouvrir le dialogue
Moment clé du projet, la balade paysagère organisée en juillet 2025 autour du parc éolien de Tricofontaine, à Allondrelle-la-Malmaison, a constitué un changement de posture des participants vis-à-vis de l’éolien et des enjeux énergétiques. Plutôt qu’un temps de réunion classique, la démarche a fait le choix d’un parcours à pied, partagé entre citoyens et acteurs techniques, afin de confronter les discussions à la réalité du terrain.
Le parcours, long d’environ 4 kilomètres, a été pensé comme un outil pédagogique à part entière. Il traverse une diversité de paysages agricoles, forestiers et ouverts, permettant d’observer non seulement le parc éolien, mais aussi de nombreuses composantes du territoire : zones de captage d’eau potable, haies et lisières forestières, secteurs à enjeux de biodiversité, contraintes géologiques ou encore servitudes aéronautiques liées à la proximité d’un aérodrome.
À chaque étape, les échanges se sont construits à partir de ce qui était visible, audible et ressenti. Les participants ont ainsi pu poser, sur site, les questions qui les animaient : comment sont recyclées les éoliennes ? Quels sont leurs impacts sur l’avifaune et les chauves-souris ? Pourquoi les machines sont-elles implantées à cet endroit précis ? Quelle production réelle pour quels usages ? Les réponses apportées, à la fois techniques et contextualisées, ont permis de désamorcer certaines idées reçues, sans chercher à minimiser les impacts ou les contraintes existantes.
Mais l’intérêt de la balade ne s’est pas limité à l’éolien. En observant le territoire dans son ensemble, les échanges ont rapidement élargi la focale : pratiques agricoles, gestion de l’eau, évolution des paysages, mais aussi liens entre modes de vie, consommation d’énergie et transformations territoriales. La présence de la Chaire Paysage et Énergie de l’ENSP a permis d’introduire une lecture sensible et historique du paysage, rappelant que celui-ci n’est pas figé, mais le résultat d’évolutions successives, dont les choix énergétiques font aujourd’hui partie.
Le format de la balade a également joué un rôle déterminant dans la qualité des échanges. Marcher ensemble, sans estrade ni micro, a mis sur un pied d’égalité élus, habitants et experts. Cette configuration a favorisé une parole plus libre, parfois plus intime, laissant place à l’expression des ressentis : gêne, étonnement, indifférence ou curiosité. Plusieurs participants ont ainsi souligné que c’était la première fois qu’ils se trouvaient aussi proches d’une éolienne, et que cette expérience concrète leur avait permis de porter un regard plus nuancé sur leur territoire. En ce sens, la balade paysagère n’a pas cherché à produire de l’adhésion, mais à créer un espace de compréhension. Elle a permis de déplacer le débat : de positions souvent figées vers une réflexion plus collective, ancrée dans le réel, et tournée vers l’avenir du territoire.
Une démarche reproductible
Le projet « Paysages énergétiques » montre qu’une concertation réussie ne se mesure pas uniquement au nombre de projets acceptés, mais aussi à la qualité du dialogue créé, à la capacité d’un territoire à hiérarchiser ses priorités et à renforcer la légitimité des décisions publiques. Fort de cette expérience, le dispositif sera prochainement déployé sur un autre territoire lorrain, avec un format différent mais la même ambition : faire du paysage un levier pour parler d’énergie autrement.
Pour en savoir plus
Lorraine Énergies Renouvelables
Contact : Maxime Petitcolas
lesgenerateurs@asso-ler.fr
Chargé de mission éolien & photovoltaïque – LER